Aménager une cour, un parking ou un chemin d’accès carrossable représente souvent un budget colossal si l’on opte pour du goudronnage à chaud, du béton ou des pavés. Il existe pourtant une alternative issue du recyclage routier, très prisée des agriculteurs et des particuliers malins : le fraisat d’enrobé (aussi appelé gratté de route ou recyclé de bitume). Ce matériau noir et granuleux est obtenu lors du rabotage des vieilles routes avant leur réfection. Vendu à une fraction du prix de l’enrobé neuf, il permet de stabiliser un sol et de créer une surface propre « en dur » à moindre coût. Mais attention, le fraisat n’est pas du bitume chaud : sa pose demande une technique spécifique pour ne pas finir avec un tas de graviers noirs qui collent aux chaussures en été.
Les infos à retenir
- 💰 Le prix imbattable : Le fraisat coûte entre 20 et 40 € la tonne (hors livraison), soit 3 à 4 fois moins cher qu’un enrobé à chaud ou du gravier décoratif.
- ❄️ Pose à froid : Contrairement au bitume qui arrive à 150°C, le fraisat se pose à température ambiante. C’est un granulat qui se compacte mécaniquement.
- ☀️ Le rôle du soleil : Pour durcir et se lier, le fraisat a besoin de chaleur. Les huiles restantes dans le bitume fondent au soleil et recollent les graviers entre eux au fil du temps.
- 🚜 L’indispensable compactage : Ne jetez pas le fraisat à la pelle sans rien faire. Il faut impérativement le cylindrer (rouleau compresseur) lourdement pour qu’il tienne.
Qu’est-ce que le fraisat exactement ?
Le fraisat est un déchet du BTP revalorisé. Lorsqu’une collectivité refait une route, une énorme machine (la fraiseuse) gratte les 5 à 10 premiers centimètres de la chaussée usée. Ce matériau est broyé et récupéré : c’est le fraisat.
Il est composé de graviers et de vieux bitume (le liant noir).
Comme le bitume a déjà vieilli et oxydé, il a perdu une partie de son pouvoir collant. C’est pourquoi le fraisat se comporte au début comme un gravier compact, et non comme un tapis d’asphalte lisse. Avec le temps et la chaleur estivale, le bitume résiduel se réactive légèrement, ce qui finit par durcir la surface, mais elle restera toujours plus granuleuse et perméable qu’un enrobé neuf.
Comment poser du fraisat pour un résultat durable ?
Réussir une allée en fraisat demande de respecter les règles de l’art du terrassement. Si vous le posez directement sur de l’herbe, il s’enfoncera et la boue remontera.
1. La préparation du fond de forme
Il faut décaisser le sol sur 10 à 20 cm. Posez impérativement un géotextile de qualité (bidim) pour séparer la terre du fraisat et limiter la repousse des mauvaises herbes (bien que le fraisat soit assez stérile au début). Si le sol est mou, une sous-couche de tout-venant (GNT 0/31.5) compactée est conseillée pour la portance.
2. L’étalage et l’épaisseur
Le fraisat doit être étalé sur une épaisseur de 10 à 12 cm pour obtenir une couche finie de 7-8 cm après tassage. Utilisez un râteau ou une lame de nivellement pour obtenir une surface plane et créer les pentes pour l’évacuation de l’eau.
3. Le compactage (L’étape clé)
C’est là que tout se joue. Louez un rouleau compresseur vibrant (double bille) ou une grosse plaque vibrante. Il faut passer et repasser de nombreuses fois. Le compactage imbrique les granulats les uns dans les autres. Plus c’est tassé, moins ça bougera.
Astuce de pro : L’idéal est de poser le fraisat par temps chaud. La chaleur ramollit le vieux bitume et facilite la cohésion lors du compactage.

L’émulsion de bitume : Pour une finition « Pro »
Si vous voulez éviter que des gravillons ne se détachent (le « plumage ») et obtenir un rendu noir profond proche du neuf, vous pouvez appliquer une émulsion de bitume (bitume liquide à froid) en surface après le compactage.
On arrose le fraisat compacté avec cette émulsion, puis on saupoudre du gravillon fin (gravette) pour fermer la surface. Cela s’appelle un bicouche inversé ou une imprégnation. Cela « colle » la surface du fraisat et prolonge sa durée de vie de plusieurs années, en évitant la poussière et les nids de poule.
L’avis de l’expert : Terrassier
« Le fraisat est génial pour les grands chemins ruraux ou les parkings provisoires. Mais attention, ce n’est pas du carrelage ! Ne le posez pas sur une terrasse où vous marchez pieds nus, c’est rugueux et ça chauffe fort l’été. De plus, les premiers mois, il peut tacher un peu les chaussures ou les tapis de voiture s’il fait très chaud. C’est une solution rustique et fonctionnelle, pas esthétique haut de gamme. »
Avantages et inconvénients résumés
Le fraisat est la solution reine du rapport qualité/prix pour carrosser de grandes surfaces. Il est drainant (l’eau passe à travers, donc moins de flaques), solide (supporte les camions) et facile à réparer (on remet une pelletée dans le trou et on tasse).
Son défaut principal est esthétique (gris/noir hétérogène) et le fait qu’il reste un matériau « vivant » qui peut se déformer légèrement si un véhicule braque ses roues sur place par forte chaleur.
Foire Aux Questions (FAQ)
🌿 Les mauvaises herbes poussent-elles à travers ?
Le fraisat est assez acide et dense, ce qui limite la pousse. Cependant, avec le temps, de la poussière se dépose dans les interstices et des herbes peuvent germer en surface. Un traitement annuel ou un désherbage manuel facile (racines peu profondes) suffit généralement à l’entretenir.
🚗 Peut-on rouler dessus tout de suite ?
Oui, dès que le compactage est terminé, l’allée est circulable. C’est même recommandé : le passage répété des voitures va continuer à tasser le matériau (c’est le principe du « trafic-induit »). Évitez juste les coups de volant brusques à l’arrêt les premières semaines.
🚚 Où en acheter ?
Le fraisat ne se trouve pas en sac chez Castorama. Il faut contacter les entreprises de Travaux Publics (TP) locales, les carrières ou les plateformes de recyclage de matériaux. Le transport (camion benne) coûte souvent plus cher que le matériau lui-même, cherchez au plus près de chez vous !







