Peut-on couper une grosse racine d’un arbre ? Risques, Règles et Solutions

C’est un conflit classique dans les jardins : un arbre magnifique, planté il y a des décennies, étend son emprise souterraine jusqu’à soulever les pavés de l’allée, fissurer un muret ou menacer les fondations de la maison. La solution qui vient immédiatement à l’esprit est de sortir la tronçonneuse ou la pioche pour sectionner la coupable. Mais attention, répondre à la question « peut-on couper une grosse racine d’un arbre » demande une extrême prudence. Une racine n’est pas une simple branche souterraine. Elle assure deux fonctions vitales : l’alimentation et l’ancrage. Couper une racine majeure revient souvent à condamner l’arbre à une mort lente par maladie, ou pire, à une chute brutale lors de la prochaine tempête.

Les infos à retenir

  • ⚖️ La règle des 25% : Il ne faut jamais supprimer plus de 25% du système racinaire d’un arbre en une seule fois, sous peine de le tuer par stress hydrique.
  • 🌬️ Le risque de chute : Les grosses racines (charpentières) agissent comme les haubans d’un mât. En couper une proche du tronc déstabilise l’arbre, qui peut tomber du côté opposé au vent dominant.
  • 🦠 La porte ouverte aux maladies : Une coupe racinaire est une blessure qui cicatrise très mal dans le sol humide. Les champignons lignivores entrent par là et pourrissent le cœur de l’arbre.
  • 📏 La zone critique : Évitez absolument de couper des racines à une distance inférieure à 5 ou 6 fois le diamètre du tronc.

Le rôle mécanique : Couper un hauban, c’est risquer la chute

Imaginez votre arbre comme un verre de vin posé sur un plateau : le pied est large pour l’empêcher de basculer. Les grosses racines qui partent du collet (la base du tronc) sont des racines d’ancrage. Elles s’étendent horizontalement pour stabiliser l’arbre face au vent.
Si vous sectionnez une racine de 10 ou 15 cm de diamètre à un mètre du tronc pour refaire une allée, vous supprimez l’un des piliers principaux de la structure.
L’arbre ne tombera pas tout de suite. Mais lors du prochain coup de vent violent venant de la direction opposée à la coupe, rien ne le retiendra. C’est un risque majeur de responsabilité civile, surtout si l’arbre est proche d’une route ou de la maison du voisin.

Le risque biologique : La mort lente par pourriture

Contrairement aux branches qui, lorsqu’elles sont bien taillées à l’air libre, forment un bourrelet cicatriciel, les racines coupées sont enterrées dans un milieu humide, sombre et peuplé de bactéries et champignons.
Une grosse coupe racinaire cicatrise rarement. Elle devient une porte d’entrée royale pour les champignons lignivores (comme l’Armillaire ou le Ganoderme). Ces champignons vont coloniser le bois de la racine, remonter lentement vers le tronc et digérer l’intérieur de l’arbre.
De l’extérieur, l’arbre semblera aller bien pendant 3, 5 ou 10 ans. Puis un jour, il montrera des signes de dépérissement (descente de cime) ou cassera net à la base, car son cœur sera devenu de la poussière.


Comment gérer le problème sans tuer l’arbre ?

Si une racine pose problème, il existe des alternatives à l’amputation sauvage.

1. Contourner plutôt que couper

Si une racine soulève un trottoir ou une allée, la solution durable n’est pas de couper la racine (qui repoussera ou tuera l’arbre), mais de modifier l’allée.

  • Créez un « pont » au-dessus de la racine.
  • Utilisez des matériaux souples (graviers, pas japonais sur lit de sable) au lieu du béton rigide.
  • Réduisez la largeur de l’allée à cet endroit.

2. La coupe chirurgicale (si inévitable)

Si vous devez absolument couper une racine (par exemple pour passer une gaine technique), respectez ces règles :

  • Coupez le plus loin possible du tronc (idéalement hors de la ligne d’aplomb de la canopée).
  • Faites une coupe nette et franche (pas de déchirement à la pelle mécanique). Utilisez une scie égoïne propre.
  • Ne mettez pas de produit cicatrisant (goudron), cela enferme les bactéries. Remblayez avec une bonne terre aérée.

L’avis de l’expert : Arboriste Grimpeur

« On m’appelle souvent pour des arbres tombés sur des maisons. Dans 80% des cas, quand on regarde la souche arrachée, on voit qu’il manque des racines d’un côté, coupées 5 ans plus tôt pour faire une tranchée ou une terrasse. Les gens oublient, mais l’arbre se souvient. Si la racine fait plus de 5 cm de diamètre, réfléchissez à deux fois. Si elle fait plus de 10 cm, ne la touchez pas sans l’avis d’un expert. »

Les barrières anti-racines : La prévention

Pour les nouvelles plantations, anticipez ! Si vous plantez un arbre près d’une maison ou d’une piscine, installez dès la plantation une barrière anti-racinaire (feuille de plastique épais rigide) verticalement dans la fosse. Cela force les racines à plonger en profondeur plutôt que de s’étendre en surface vers les fondations.


Foire Aux Questions (FAQ)

🏠 Une racine peut-elle percer mes fondations ?

C’est un mythe tenace. Une racine ne peut pas percer du béton sain. Elle est « opportuniste » : elle s’infiltre dans une fissure existante pour chercher de l’eau et, en grossissant, elle écarte la fissure. Si vos fondations sont saines, l’arbre ne les perceras pas. Il peut seulement soulever des structures légères.

🩹 Faut-il mettre du mastic sur la coupe ?

Non, c’est déconseillé par la communauté scientifique moderne. Les mastics, goudrons ou pates à cicatriser créent un milieu humide et anaérobie favorable au développement de la pourriture. Laissez la plaie à l’air libre le temps des travaux, puis remblayez avec de la terre végétale.

🚿 L’arbre va-t-il souffrir de soif ?

Oui. En coupant une grosse racine, vous supprimez aussi des milliers de petites racines absorbantes qui y étaient rattachées. L’arbre perd une partie de son apport en eau. Il faudra l’arroser abondamment pendant l’année qui suit les travaux pour compenser cette perte.

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