La célèbre bombe bleue et jaune est une icône du bricolage, présente dans près de 80% des foyers et ateliers professionnels. Le WD-40 est vénéré pour sa polyvalence légendaire : il dégrippe, lubrifie, chasse l’humidité, nettoie et protège. Mais cette efficacité quasi magique a donné naissance à de nombreuses légendes urbaines concernant sa formulation. La plus tenace d’entre elles affirme que le produit serait fabriqué à base d’huile de poisson. Qu’en est-il réellement ? Si la recette exacte reste un secret industriel jalousement gardé en Californie (le produit n’a jamais été breveté pour ne pas avoir à révéler la formule), les obligations légales et les analyses chimiques modernes nous permettent de lever le voile sur la composition du WD-40. Comprendre ce qu’il contient vraiment est indispensable pour l’utiliser à bon escient et éviter d’endommager certains matériaux sensibles.
Les infos à retenir
- 🐟 Le mythe du poisson : C’est faux. Le WD-40 ne contient aucune trace d’huile de poisson. C’est un produit 100% synthétique et pétrochimique.
- 🧪 Le cœur de la formule : Il est composé majoritairement de solvants (hydrocarbures aliphatiques) pour nettoyer et pénétrer, et d’huile minérale pour lubrifier.
- 💨 Le propulseur malin : Le spray utilise du CO2 (dioxyde de carbone) et non du butane/propane. Cela permet de mettre plus de produit actif dans la bouteille et réduit l’inflammabilité du gaz.
- ⚠️ La sécurité : Étant à base de dérivés du pétrole, c’est un produit qui reste inflammable et ne doit jamais être ingéré ou mis en contact avec des aliments.
Analyse détaillée des ingrédients : Ce que disent les Fiches de Sécurité
Bien que la marque ne donne pas sa recette de cuisine, elle est contrainte par la loi de fournir une Fiche de Données de Sécurité (FDS) pour les travailleurs. En analysant ces documents et les études chromatographiques, on peut décomposer le produit « Multi-Use » classique en plusieurs grandes familles d’ingrédients.
La part la plus importante, représentant environ 50% du volume, est constituée de solvants aliphatiques. Il s’agit d’hydrocarbures dérivés du pétrole, très proches chimiquement du White Spirit désaromatisé. C’est cet ingrédient qui donne au WD-40 sa fluidité exceptionnelle et sa capacité à s’infiltrer dans les filetages rouillés les plus serrés. C’est aussi ce solvant qui est responsable de la fonction première du produit : chasser l’humidité (le nom WD-40 signifie Water Displacement, 40th formula). Une fois pulvérisé, ce solvant s’évapore progressivement.
Vient ensuite l’huile minérale (huiles de pétrole), qui représente environ 25% à 35% de la composition. C’est le composant « lourd » qui reste sur la pièce une fois les solvants évaporés. Cette huile assure une lubrification légère et laisse un film protecteur contre l’oxydation. Enfin, le reste de la formule (environ 10%) contient des additifs secrets (agents mouillants, inhibiteurs de corrosion) et le gaz propulseur (CO2) qui permet l’éjection du produit.
Pourquoi la rumeur de l’huile de poisson persiste-t-elle ?
Cette légende urbaine est née aux États-Unis et continue de se propager sur les forums. Plusieurs théories expliquent sa persistance. D’une part, les pêcheurs utilisaient beaucoup le WD-40 pour protéger leurs moulinets de la corrosion saline, et certains ont remarqué qu’il semblait attirer les poissons (ce qui est illégal aujourd’hui pour des raisons de pollution). D’autre part, les asiatiques utilisent souvent des huiles de poisson pour la mécanique, ce qui a pu créer une confusion. La marque a dû publier un démenti officiel sur son site web : il n’y a aucune trace biologique marine dans le produit. C’est de la pure chimie organique.

Conséquences pratiques pour vos travaux de bricolage
Connaître cette composition à base de solvants agressifs change la manière dont on doit percevoir le produit. Le WD-40 « Classique » n’est pas un lubrifiant longue durée. Puisqu’il contient 50% de solvants, il a tendance à dissoudre les graisses existantes (nettoyant) puis à sécher relativement vite. Si vous l’utilisez sur une chaîne de vélo ou une serrure, il va d’abord décaper la vieille graisse, laisser une fine couche d’huile, mais celle-ci ne résistera pas longtemps aux contraintes mécaniques fortes.
De plus, la présence d’hydrocarbures sur le bois implique une agressivité envers certains matériaux. Les plastiques comme le polycarbonate (visières de casque) ou le polystyrène peuvent être attaqués ou rendus cassants par les solvants pétroliers. De même, certains joints en caoutchouc naturel peuvent gonfler au contact du produit. Pour ces applications spécifiques, il est préférable de se tourner vers des variantes de la gamme comme le « Lubrifiant au Silicone » qui est chimiquement inerte vis-à-vis des caoutchoucs.
L’avis de l’expert : Ingénieur chimiste
« Le génie du WD-40 réside dans son équilibre instable mais efficace entre solvant et lubrifiant. C’est ce qu’on appelle un produit de dégrippage et de maintenance légère. Mais attention, ce n’est pas de la graisse ! Je vois souvent des gens en mettre sur des axes de portail qui grincent : ça marche sur l’instant car le solvant fluidifie la rouille, mais 3 semaines après, ça grince de plus belle car l’huile s’est évaporée ou a coulé. Après un passage au WD-40 pour nettoyer, il faut souvent remettre une vraie graisse (lithium ou PTFE) pour pérenniser la réparation. »
Impact environnemental et précautions d’usage
Le WD-40 étant un produit pétrolier, il contient des Composés Organiques Volatils (COV) qui se dispersent dans l’air lors de la pulvérisation. Il est donc recommandé de l’utiliser dans des zones bien ventilées pour ne pas inhaler ces vapeurs qui peuvent provoquer des somnolences ou des vertiges. De plus, le produit est nocif pour la vie aquatique à long terme ; il ne faut jamais jeter les restes de produit ou les chiffons imbibés dans la nature ou les égouts, mais les déposer en déchetterie comme tout produit chimique dangereux.
Foire Aux Questions (FAQ)
⚡ Le WD-40 conduit-il l’électricité ?
Non, le liquide est diélectrique (isolant) jusqu’à une certaine tension (environ 12 000 volts). On peut l’utiliser pour nettoyer des contacts électriques oxydés (hors tension !) car il chasse l’eau conductrice. Il faut cependant laisser les solvants s’évaporer totalement avant de remettre le courant pour éviter tout risque d’inflammation.
⏳ Le produit a-t-il une date de péremption ?
Le fabricant indique que le produit est « indéfini » dans le temps. Tant que le gaz propulseur ne s’est pas échappé (ce qui peut arriver si la bombe rouille et devient poreuse après 10 ou 15 ans), le liquide à l’intérieur conserve ses propriétés chimiques intactes. Secouez bien avant usage si la bombe est vieille.
🛑 Peut-on en mettre sur des freins de vélo ou voiture ?
C’est une erreur critique à ne jamais commettre. L’huile minérale contenue dans le WD-40 va contaminer les plaquettes de frein poreuses. Une fois imbibées d’huile, les plaquettes perdent toute friction : vous n’aurez plus de freinage. Le nettoyage à l’acétone ne suffit souvent pas à rattraper des plaquettes contaminées, il faudra les changer.







